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Le retour et ses misères
 | A l’approche de l’été, le retour est incontestablement le sujet qui passionne le plus notamment dans les rangs des exilés tunisiens qui se disent toujours la même chose à la même période de l’année depuis de nombreuses années : « cette fois-ci c’est peut-être la bonne ! »
Ce droit inaliénable dont tout un chacun peut se faire valoir est en train d’exacerber les tensions et de raviver les inimités tant les enjeux qu’on a voulu lui faire supporter sont graves et décisifs.
Car la question du retour qui revient épisodiquement sur le net tunisien est symptomatique de l’état d’impatience mais en même temps d’incrédulité de cette masse de Tunisiens privés de la mère patrie depuis plus de dix-sept ans pour la plupart.
Attendu par les uns comme le moyen de prendre leur revanche sur ceux qu’ils viennent de renier parce que considérés à l’origine de leur malheur (Voltaire n’avait-il pas dit « pour savoir se venger, il faut savoir souffrir »). Ils n’hésitent pas à déployer toute sorte d’arguments fussent-ils dérisoires et futiles pour s’émanciper de leurs « supposés bourreaux » et tourner une « page sombre de leur vie ». Ces « retournés » ont tort parce qu’ils donnent une image dégradante des Tunisiens, notamment ceux de l’étranger. Ils alimentent la haine entre des compatriotes qui devraient mutualiser les efforts pour porter haut les couleurs de leur pays. Au lieu de cela, ils desservent leur pays et le privent de ses meilleurs atouts : son intelligence et sa cohésion même dans l’adversité.
Passer à autre chose, aller voir ailleurs, c’est légitime et dans le cas de figure actuel indispensable. Mais passer à autre chose, ne veut pas dire passer outre une certaine éthique qui interdit aux Tunisiens de se livrer à un jeu de massacre où la marche des uns, quelle que soit sa destinée, ne se fait que sur les cadavres des autres. L’autre est tout simplement considéré comme un obstacle qu’il va falloir éliminer.
Dans la même catégorie, il faut rappeler que le moment retour qui doit correspondre à la fin d’une épreuve qui n’a que trop duré, ne doit pas se faire en aucun cas par la provocation d’autres souffrances.
Il serait aujourd’hui plus urgent et plus utile pour le pays de désigner les « irresponsables » parmi les rentiers de tout bord qui ont intérêt à retarder et empêcher le retour de centaines de Tunisiens. En effet, les « irresponsables » d’aujourd’hui, sont plus nuisibles que les supposés « responsables » d’hier accusés par leurs paires à tort ou à raison d’avoir opté pour des choix aux conséquences tragiques et dont on observe aujourd’hui des repentances ici et là.
Il y a ensuite, la catégorie des « blanchisseurs ». Ceux dont les réputations sociale et politique sont incontestablement altérées par des dérives et des conduites qui ont été vivement et unanimement condamnées. Ces « usurpateurs » se dressent en donneurs de leçon et en détenteurs du monopole de la probité et de l’intégrité. Distribuant les satisfécits ici, adressant les accusations et les menaces là bas (du genre « si vous pêchez (rentrez au pays), alors faites le discrètement »), ils expriment même de la compassion envers ceux qui sont rentrés (une manière un peu sournoise de leur « gâcher la fête »)…
Ils se déploient avec une énergie débordante après de longues années de somnolence. Leur écriture ressemble plutôt à du grattage…Oui, ils se grattent tellement fort pour se blanchir d’un passé qui leur colle à la peau, qu’ils risquent de perdre la peau sans que la malpropreté disparaisse. Ils auraient pu ce rappeler d’une évidence : on ne se rend pas propre en salissant les autres. Blanchis par le net le temps d’un article, rattrapés par la réalité et par leur passé…Ils mènent une double vie qui risque de les conduire vers les abîmes du virtuel.
Je prie les premiers de ne pas s’attaquer aux deuxièmes leur rappelant les propos d’André Roussin : « on ne frappe pas un homme à terre, il risque de se relever ! »
Je souhaite plutôt qu’ils leur tendent la main en leur expliquant l’honnêteté de leur démarche et les bienfaits de leur retour, si c’est le cas bien évidemment. Une main tendue mais ferme qui n’hésite pas à appliquer le principe de réciprocité dans le cas où les « blanchisseurs » essayent à tort de remettre en question un retour digne, responsable et courageux.
Plus stratèges que les « retournés » et les « blanchisseurs », il y a les « endormeurs », ces homéopathes qui se présentent en guérisseurs du retour. Ils pratiquent une médecine parallèle à base de soporifiques qu’ils administrent à doses simultanées à leurs patients atteints du mal du pays : une recette à base de communiqués enflammés, de diatribes, de rumeurs soigneusement fomentées, de sondages dont personne ne s’en occupe à l’exception de leurs auteurs, de comités qui remueront parlements et chancelleries occidentales pour leur ramener leur passeport !!!
Bref, un « dormez, on veille sur votre retour ! » destiné à calmer les ardeurs et faire passer l’orage de l’été.
Encouragés par la fabuleuse formule employée jadis par des amis de la Tunisie que sont Charles Pasqua et après lui Jacques Chirac : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient », les endormeurs promettent tout ou presque. Avec eux « tout redevient possible » slogan de campagne de Nicolas Sarkozy autre ami de notre pays : « l’obtention de passeport, le changement du statut de réfugié, l’annulation des peines en Tunisie, l’accueil à l’aéroport et au passage la démocratie, la liberté, la justice… »
Dormez aussi profondément que possible! Les « endormeurs » vont tout imposer !! »
Dans la catégorie des plus renversants, le palmarès revient incontestablement aux « marchands de peur ». Il suffit de les entendre parler et des frissons s’empareront de ton corps. Dans les consulats et les ambassades, on anesthésie les opposants pour les renvoyer ipso facto et manu militari en Tunisie, là-bas ils disparaîtront dans l’acide ou seront jetés en pâture aux requins ou autres bêtes féroces, ou s’évaporeront sous le soleil du désert…
Dans le monde des horreurs, la Tunisie offre une variété de choix assez originale selon « ces marchands » à l’imagination assez fantasmatique et assez troublante.
Ainsi, les insinuations sur le caractère perfide du régime, sur l’énorme risque que constitue le renoncement au statut de réfugié ou encore la régression que connaît la Tunisie sur tous les plans (les valeurs, l’économie, la politique, les liens sociaux…)
« A quoi bon sert de partir dans un pays que ses enfants fuient au péril de leur vie ». Un argument qui, malheureusement, trouvera toujours quelques preneurs chez les âmes sensibles !!!
Nul doute que la marche de retour au pays est irréversible. Toutefois, elle peut être retardée et défigurée par « les retournés », « les blanchisseurs », « les endormeurs » et « les marchands de peur »…
C’est ainsi que le retour conçu comme une délivrance, comme un évènement heureux peut générer de nouvelles tensions et se transformer en pomme de discorde entre des Tunisiens irréconciliables et prêts à s’entretuer.
Gageons ensemble que le processus de retour se débarrassera de toutes ces misères. Nul n’a le droit, quel que soit son statut, quelles que soient ses ambitions, quels que soient ses plans, de prendre en otage ses concitoyens, leurs proches et leurs projets d’avenir.
Le retour est et doit rester une décision personnelle qui peut revêtir un caractère collectif seulement de par les valeurs qu’il promeut : tunisianité, dignité, courage, responsabilité et tolérance.
certains responsables tunisiens veulent trouver un dénouement à ce dossier.
Encourageons-les à persévérer sur cette voie. Mon retour digne, rendu possible par des Tunisiens qui font honneur à leur pays, en est la parfaite illustration.
A l’occasion de mon séjour en Tunisie, j’ai pu avoir la certitude qu’il y a une place pour tous les exilés : dans les entreprises, dans les mosquées, dans les rues, dans les espaces publics… La Tunisie est si grande et si généreuse pour accueillir tous ses enfants…
Il se fait tard chers compatriotes…Rentrons chez nous !
Paris, le 25 juin 2008
Chokri Hamrouni, politologue.
* Ce texte je le dédie à Khaled Traouli qui a versé des larmes dignes après le départ de son fils en Tunisie. J’ai pleuré par compassion. Je prie Dieu pour que cet homme digne puisse rentrer en Tunisie avec la dignité et l’honneur qu’il mérite. Source : www.tunisalwasat.com le 26-06-08
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